À la recherche du pain français [chronique]

Quoi ? Il n’y a pas de pain français en France ?

JPEG

– Trois pains, s’il vous plait.

– Lequel ?

– Du pain français. J’en voudrais trois, s’il vous plait. Bien cuits.

– Du pain français ?

– Oui. Vous n’en avez pas ?

– En France, techniquement, tous les pains sont français.

– C’est un petit pain, regardez, comme ça.

– Un croissant ?

– Non, non. C’est celui qui ressemble à un zeppelin, vous voyez ?

– Une baguette ?

– Non, les baguettes ressemblent plus à des sous-marins. Lui ressemblerait à une baguette qui a rétréci.

– Ah ! C’est la minibaguette, alors.

– Non, plus petit encore.

– Ben, une demi-minibaguette ?

– Une demi-minibaguette n’est ni plus ni moins qu’une minibaguette, sauf que coupée au milieu.

– C’est vrai.

– Imaginez que la baguette est le père.

– J’imagine.

– Le pain français serait son bébé potelé.

– Jamais entendu parler.

– C’est le pain de tous les jours au Brésil.

– Et vous l’appelez pain français ?

– Oui.

– C’est que ... comment dire ? Je crains qu’il n’y en ait pas en France.

– On nous aurait menti pendant tout ce temps ?

– Je suis un peu désolée de vous dire ça comme ça.

– Je suis en état de choc.

– Il nous reste toujours des baguettes, vous en voulez une ?

– Oui, bien cuite.

– Laquelle ? Normale ? Traditionnelle ? Intégrale ? Aux céréales ?

– Mais c’est compliqué d’acheter du pain ici, hein ?

– Qu’est ce que vous voulez ? On est en France, on a des dizaines de pains différents.

– A l’exception du pain français.

– Effectivement.

– Bon, puisque c’est comme ça donnez-moi une baguette aux céréales, s’il vous plait.

– Voilà, Monsieur.

– Vous pouvez me l’emballer ?

– Pardon ?

– La mettre dans un sac.

– C’est qu’ici ...

– J’ai compris : on met pas le pain dans un sac ?

– C’est ça.

– Vous allez me dire que je n’ai qu’à l’emporter sous le bras ?

– Exactement.

– J’ai changé d’avis, vous pouvez me faire un sandwich ?

— 

Cette chronique fait partie du livre Chéri à Paris - Un brésilien au pays du fromage, de Daniel Cariello

publié le 10/09/2018

haut de la page