Et Alors, Brésil ?

Organisé par le journal O Globo l’événement « E Agora, Brasil ? » promeut régulièrement des débats entre journalistes et des personnalités de l’actualité brésilienne à la BiblioMaison (la bibliothèque du Consulat général de France à Rio de Janeiro).

L’édition du 18 juin 2018 a eu comme invité d’honneur le ministre de la Cour Suprême Fédérale brésilienne (STF) Luís Roberto Barroso. Les principaux sujets abordés étaient la démocratie, la corruption et le rôle des représentants du pouvoir judiciaire.

Dans son discours d’ouverture, Barroso a rappelé que malgré la crise actuelle, le Brésil a récolté au long des 30 dernières années plusieurs victoires : stabilité constitutionnelle, stabilité monétaire, inclusion sociale et consolidation des droits fondamentaux, tels que la liberté d’expression et l’espace conquis par les femmes, dans plusieurs domaines. D’après lui, « nous ne devons pas nous effrayer par l’image sombre des temps présents ».

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Corruption et impunité

En partie, ce compliqué tableau, indique le juge, se doit au fait que « le Brésil a découvert, en désarroi, les schémas professionnels de corruption et de vol de l’État de longue date, produit d’un pacte oligarchique d’une certaine élite ». Le procès de transformation de cette réalité se trouve désormais en cours, dit-il, grâce à une partie de la société qui n’accepte plus ces comportements.

Le journaliste Ancelmo Góis, un des médiateurs du débat, a demandé au ministre quel est le rôle du pouvoir judiciaire dans le triste film que nous vivons aujourd’hui au Brésil. Barroso a répondu en soulignant que la quantité de sollicitations adressées au pouvoir judiciaire signifie que la société fait confiance aux mécanismes républicains. Il a ensuite signalé deux aspects importants du judiciaire en ce moment : le qualitatif, qui est très positif, au vu des jugements en cours sur des questions très importantes pour le pays ; et le quantitatif, qui est plutôt négatif, compte tenu de l’excès de décisions judiciaires prises au Brésil, ce qui révèle le déséquilibre des institutions. « Il y a au STF plus de 500 procès contre des parlementaires. La compétence criminelle de la Cour Suprême est compliquée pour le tribunal : Si les procédures sont mal menées, nous avons un problème auprès de la société civile. Si les procédures aboutissent, nous créons un problème au Congrès », avoue le magistrat. Barroso affirme que le STF rend de bons services à la démocratie brésilienne, tout en étant conscient qu’il est impossible de faire plaisir à tout le monde.

Le ministre a aussi commenté que l’impunité du côté des plus riches et puissants a considérablement diminué ces dernières années. « Dans le passé, un individu recevant un salaire équivalent à 5 fois le SMIC local n’allait jamais en prison. Le droit pénal n’était dur que pour les plus pauvres. Aujourd’hui nous avons un président dénoncé, un ex-président en prison et un autre ex-président au sujet duquel des soupçons se soulèvent en permanence ».

Barroso reconnait qu’il peut y avoir de la corruption au pouvoir judiciaire, mais moins qu’au sein des autres pouvoirs, puisque l’accès à la carrière n’est pas évident, les candidats devant être formés en droit et passer un concours public, et en plus ils passent des années à étudier « ce qui est correct et juste ».

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Intervention militaire et rénovation de la situation politique

Interrogé par l’audience sur le rôle des militaires, Barroso a rappelé que depuis le retour de la démocratie « nous n’avons pas eu de mauvaises nouvelles de leur part ». Il déclare que les personnes qui associent le retour du régime militaire à l’ordre et à la justice ne sont pas raisonnables. « Qui en saine conscience croit que ce soit une bonne idée ? ». Pour lui, le pays et les militaires ont appris leurs leçons.

Le ministre est cependant pessimiste lorsqu’il s’agit de la rénovation du tableau politique du pays. Il pense que le changement sera moindre lors des élections de cette année, puisque le fonds électoral privilégie ceux qui ont déjà un mandat. La solution est rattachée à une diminution des coûts des campagnes, ce qui ne sera possible qu’avec la modification du système électoral.

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Des chemins vers le changement

Pour le juge, la réalité brésilienne pourra être positivement impactée par l’adoption de quatre priorités : les réformes aux niveaux politique, économique et tributaire, ainsi que la situation sociale, en priorisant les investissements dans les liés à l’assainissement de base, la santé et l’éducation, surtout pour les enfants en bas âge. Il estime aussi important qu’il y ait un choc de revalorisation de l’initiative privée dans le pays, avec la conséquente réduction de l’État.

Le magistrat considère aussi un problème, le fait que des jeunes idéalistes n’aient plus envie de se lancer dans des carrières politiques et préfèrent travailler contre la corruption et l’impunité en cherchant des postes auprès du service judiciaire ou du Ministère Public. Pour lui, les changements doivent venir de la politique.

Interrogé sur les disputes qui ont parfois lieu entre les ministres du STF, Barroso croit que les différences sont simplement juridiques et non pas personnelles. Pour finaliser, il a cité André Gide : « Croyez ceux qui cherchent la vérité, doutez de ceux qui la trouvent ».

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publié le 20/06/2018

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