Le Paris des tout-petits II [chronique)

Les impressions d’une petite fille sur la neige qui tombait à Paris

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L’autre jour il a neigé à Paris. J’ai demandé à mon père ce que c’était que la neige. Il a dit que c’était de très fins glaçons qui tombaient du ciel. Alors j’ai demandé s’il y avait des congélateurs dans les nuages pour fabriquer les glaçons. Mon père a dit que c’était pas la peine, vu qu’il faisait un froid de canard là-haut et que l’eau gelait toute seule. Alors j’ai pensé à notre frigo, où l’eau congelée forme un gros glaçon et j’ai demandé s’il y avait dans le ciel une machine pour casser ce bloc de glace en plein de petits morceaux pour en faire de la neige bien fine. Il a dit qu’il voulait voir les infos et qu’on en parlerait plus tard.

C’est quand j’ai posé la question à mon grand frère que je me suis aperçue que mon père ne s’y connaissait pas des masses question neige. Mon frère est si grand que ses pieds touchent par terre quand il s’assoit sur une chaise. Il a répondu que la neige était un phénomène météorologique qui entraînait la chute de cristaux de glace. Je lui ai alors demandé ce que c’était météorologique et il a dit que je n’étais qu’une idiote. J’ai pleuré très fort et ma mère est venue demander ce qui s’était passé. J’ai dit que João m’avait traitée d’idiote et ma mère lui a dit d’aller dans sa chambre. Du coup j’ai jamais su ce que voulait dire météorologique.

Alors que ma mère me préparait un bon café au lait, je lui ai demandé ce que c’était que la neige. Elle m’a expliqué que c’était des vapeurs d’eau qui congelaient, tout là-haut, dans les nuages. Là, j’ai vraiment rien compris vu que pour moi la vapeur est chaude. En tout cas, c’est ce que répète toujours ma mère quand je m’approche de la gazinière pour voir la bouilloire cracher sa fumée. Elle dit : « Sors de là Gabriela, tu vas finir par te brûler avec cette vapeur ». Je commence à penser que ma mère n’y comprend pas grand-chose non plus. Si la vapeur est chaude, comment ça se fait qu’elle fait pas fondre la neige ?

Mais moi, je laisse jamais tomber une question. La maîtresse dit que j’ai un cerveau de scientifique, parce que j’aime bien tout savoir dans les moindres détails. Mais c’est pas ça. C’est que les adultes racontent des bêtises aux enfants, peut-être parce qu’ils ont peur qu’on comprenne pas les véritables explications. Mais ce que je crois pour de vrai, c’est qu’ils savent pas répondre, alors ils inventent n’importe quoi. Ou alors ils disent « Ecoute, c’est compliqué à expliquer », « tu es trop petite pour comprendre », « on en parlera après le journal télévisé », « demande à ton père », « demande à ta mère » ou ce genre de choses.

C’est pour ça que je suis allée demander à mon copain Mathieu. Il est très intelligent, Mathieu. Il sait déjà faire ses lacets tout seul. Moi aussi j’ai réussi l’autre jour, mais ma mère a pas arrêté de râler parce que j’avais fait tant de nœuds qu’on aurait dit une toile d’araignée et qu’elle allait être obligée de tout couper aux ciseaux et d’en acheter une autre paire. Moi je trouvais ça plutôt pas mal.

Mathieu a dit que la neige c’était ce que les adultes utilisaient pour faire des glaces. Mais que s’ils gardaient si bien le secret c’était pour que les enfants ne passent pas leur temps à en manger. Alors je lui ai demandé comment la glace arrivait dans un pays chaud comme le Brésil sans fondre. Il a dit que toutes les glaces du monde étaient fabriquées dans les pays froids et étaient ensuite transportées dans des immenses congélateurs sur des énormes bateaux.

Alors j’ai eu une super idée. J’ai dit à Mathieu que quand on serait grands on prendrait un avion, on volerait super-haut et on jetterait des parfums différents au-dessus des nuages. Comme ça, il va plus jamais tomber de neige. Il va toujours tomber de la glace, toute prête. Mathieu a adoré mon idée et a dit que c’est lui qui piloterait l’avion pour qu’on puisse le faire sans demander d’aide à personne. Alors je lui ai dit que vu qu’on allait devenir riches on pourrait se marier et avoir plein d’enfants. Et juste à ce moment-là, il est parti au parc en courant. Il a beau être très intelligent, Mathieu est parfois encore un peu immature.

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Cette chronique fait partie du livre Chéri à Paris - Un brésilien au pays du fromage, de Daniel Cariello

publié le 16/03/2018

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